A - B - C - D - E - F - G - H - I - J - K - L - M - N - O - P - R - S - T - U - V - W - Y - Z

AVERTISSEMENT

Amis lecteurs
Je ne fais ce Blog que pour vous faire decouvrir les tresors du Judaisme
Aussi malgre le soin que j'apporte pour mettre le nom de l'auteur et la reference des illustrations sur tous ces textes , il se pourrait que ce soit insuffisant
Je prie donc les auteurs de me le faire savoir et le cas echeant j'enleverais immediatement tous leurs textes
Mon but etant de les faire connaitre uniquement pour la gloire de leurs Auteurs

Shiour Qomah

















Extrait:

La doctrine anthropomorphique des Dimensions du Corps divin

Le Shiour Qomah est l’un des écrits anonymes les plus importants de la mystique juive pré-kabbalistique. Ce texte, dans son premier développement, donne une description théurgico-liturgique des différents cieux, des membres de l’image anthropomorphique de la divinité, leurs noms, longueurs et parfois largeurs. La récitation journalière du texte est une sorte de méditation mystique qui, par la mystérieuse et sainte vertu de ses détails, permet au mystique de s’élever, tout au moins psychiquement, à travers les cieux et de contempler la divinité siégeant sur son Trône de Gloire. L’étude du livre à travers ses principaux textes, est une clé indispensable pour l'approche de la mystique juive pré-kabbalistique, et spécialement pour celle de l’ancienne mystique rabbinique de la Merkavah.
Shiour Qomah, veut tout simplement dire "Dimension du Corps". A travers une conception anthropomorphique, très souvent critiquée, le mystique cherche à découvrir les proportions qui structurent l’univers, en identifiant chacun de ses membres et de ses organes avec ceux de la divinité, afin de provoquer une union entre le Créateur et sa créature. Dans le Shiour Qomah, les membres de Dieu, ou plutôt les parties de son aspect extérieur, sa Shekhinah, sont représentés avec des dimensions colossales, au travers d'un symbolisme du nombre qui ne nous est plus complètement compréhensible. D’après A. Jellinek, dans son Beith ha Midrash, les écoles du neuvième et dixième siècles voyaient dans le Shiour Qomah un midrash mystique, construit sur le Cantique des cantiques. La fameuse description du bien-aimé, dans le cinquième chapitre du Cantique, sert de base aux images du Shiour Qomah. En voici le texte :.
10 - Mon bien-aimé est blanc et rouge ; il se distingue entre dix mille.
11 - Sa tête est de l’or pur; ses boucles sont flottantes, noires comme le corbeau.
12 - Ses yeux sont comme des colombes au bord des ruisseaux, se baignant dans le lait, reposant au sein de l’abondance..
13 - Ses joues sont comme un parterre d’aromates, Une couche de plantes odorantes ; ses lèvres sont des lis, d’où découle la myrrhe..
14 - Ses mains sont des anneaux d’or, garnis de chrysolites ; son corps est de l’ivoire poli, couvert de saphirs..
15 - Ses jambes sont des colonnes de marbre blanc, posées sur des bases d’or pur. Son aspect est comme le Liban, distingué comme les cèdres..
16 - Son palais n’est que douceur, et toute sa personne est pleine de charme. Tel est mon bien-aimé, tel est mon ami, filles de Jérusalem !.
A partir d’une analogie entre le bien-aimé et le Créateur, le Shiour Qomah indique des mesures ahurissantes concernant la dimension de chaque membre ou organe, ainsi que d’étranges noms sans significations apparentes, pour ces parties du corps. Toutefois, le Shiour Qomah promet sa place dans le "Monde à Venir" à celui qui répétera cette Mishnah tous les jours..
Une grande polémique autour de l’anthropomorphisme du Shiour Qomah, a séparé les mystiques juifs. Gershom Scholem écrit ceci : "Depuis les origines, l’anthropomorphisme précis et presque provocant du Shiour Qomah a soulevé un antagonisme très prononcé dans tous les cercles juifs qui se tenaient à distance de la mystique. Réciproquement, tous les derniers mystiques et les kabbalistes considèrent son langage obscur et sombre comme symbole d’une vision spirituelle profonde et pénétrante. L’antagonisme était réciproque, car c’est à propos de cette attitude envers l’anthropomorphisme que la théologie rationnelle et la mystique juive se sont séparées." (cf. Les grands courants de la mystique juive). Georges Vajda va aussi dans ce sens : "Le judaïsme rabbinique s’est souvent entendu reprocher par ses adversaires, Caraïtes, Musulmans et Chrétiens, l’anthropomorphisme de sa représentation de Dieu, plus particulièrement les descriptions qui s’étalent dans le Shiour Qomah, ce texte post talmudique qui prétend donner les dimensions, d’ailleurs incommensurables, des membres du corps divin." (cf. L’Amour de Dieu dans la théologie juive). Dans le Sépher haKouzari de Judah Hallévi, l’anthropomorphisme est décrit comme référence pour saisir les sensations de l’âme humaine, qu’elle ignore si elle n’a pas de support concret. C’est pourquoi le Rabbin du sépher dit : "Voilà pourquoi il ne faut pas rejeter les propos concernant les versets suivants : Il voit une représentation de Yhwh (Nom. 8:12), Ils virent le Dieu d’Israël (Ex. 24:10), ni la Maasséh Merkavah et le Shiour Qomah, car d’après l’opinion de commentateurs, la vénération de Dieu est implantée dans l’esprit humain, comme il est écrit : Que Sa crainte soit sur vos faces" (cf. Kouzari 4:3). Mais à ces propos le roi Khazar rétorque : "Une fois que se trouvent établies dans la raison les notions de souveraineté, de l’unicité, de la toute-puissance et de l’omniscience de Dieu, une fois que l’on sait que tout émane de lui, que tout a besoin de lui, alors qu’il est indépendant de tout, la crainte et l’amour à son égard ne s’y établissent-ils pas du même coup ? Quel besoin alors de cet anthropomorphisme ?". Ce à quoi le Rabbin répond : "Ceci est la doctrine des philosophes. Nous savons que l’âme humaine est saisie de crainte lorsqu’elle est mise en présence de choses effrayantes qui lui sont tangibles, mais ne les estime pas lorsqu’elles lui sont suggérées. Elle est attirée par une belle forme qui paraît à ses yeux, alors qu’elle n’a aucun désir si on lui en parle" (cf. Kouzari 4:4-5).

LA SOURCE BABYLONIENNE
Comme beaucoup d’autres éléments de la mystique juive, le Shiour Qomah est originaire de Babylone. Nombre de cercles initiatiques occidentaux cherchent à placer en Egypte les origines des mystiques ésotériques, comme la Kabbale ou la Merkavah ; ceci parce que Moïse fut un prince égyptien. Mais l’étude des mystiques ésotériques nous ramène beaucoup plus souvent à Babylone qu’en Egypte. En effet, Kabbale et Talmud ont beaucoup de racines résultant de l’exil babylonien, particulièrement leur angéologie ou description du rôle des anges et des autres légions célestes dans la création et dans la vie des hommes. Daniel, chef des mages de Babylone, aussi bien que prophète en Israël, fut le représentant éminent de cette rencontre, laquelle fournit la source principale de la Gnose et de l’ésotérisme talmudique, qui plus tard deviendra la Kabbale. Les noms des mois hébreux ont été ramenés de Babylone, on les retrouve dans les almanachs magiques et angéliques babyloniens et Suméro-Akkadiens. Il est légitime de penser que les codes numériques hébreux ont aussi, en partie, cette origine. .
Dans le Shiour Qomah, le pouvoir des noms, des organes divins est rattaché aux nombres, à travers les dimensions exposées dans le texte. La doctrine des nombres a été en faveur auprès de toutes les civilisations anciennes ; nous en avons des exemples certains chez les Assyriens, mais l’épanouissement du système est mieux documenté chez les Grecs et les Romains d’une part et dans la littérature rabbinique et la Kabbale de l’autre. Les subtilités de la numérologie ont leur source en Mésopotamie où, de tous temps, la déesse Nisaba présidait à la science des nombres. On peut y trouver une relation entre le nom et la dimension, comme dans le Shiour Qomah, avec le Roi Sargon II d’Assyrie (VIIIe siècle avant J-C). A propos de la description de sa ville et de son palais de Khorsabad, il mentionne : "De 16283 grandes coudées, le nombre de mon nom, je fis le circuit de sa muraille". Comme chez les Hébreux, où le nom est ineffable, chez les Babyloniens le nom des dieux est caché, on les désigne par des périphrases : "En-lil" (le seigneur du Lil), "En-zou" (le seigneur du zou, le savoir), "Bêl" (le maître)..
L'état d'esprit du Shiour Qomah est la continuité de celui de la mystique de la Merkavah, dans laquelle le prophète Ezéchiel voit sur le Trône de Gloire "une figure semblable à celle d’un homme" (Ez. 1:26). Mais Gershom Scholem va chercher l’origine encore plus loin : "Ne semble-t-il pas possible que, parmi les mystiques qui ont écrit le Shiour Qomah, cette figure ait été identifiée avec l’homme primitif de la spéculation iranienne contemporaine, qui a fait ainsi son entrée dans le monde de la mystique juive ? En faisant un pas de plus, nous pouvons demander s’il n’a pas existé, du moins parmi les mystiques de la Merkavah à qui nous devons la conservation de la Shiour Qomah, une croyance à une distinction fondamentale entre l’aspect de Dieu Créateur, le Démiurge, c’est-à-dire l’un de ses aspects, et son essence indéfinissable ? Il n’y a personne pour nier que c’est précisément l’homme primitif sur le trône de la Merkavah que le Shiour Qomah appelle Yotser Bereshith, c’est-à-dire Créateur du monde" (Les Grands courants de la mystique juive).

LES DIMENSIONS ET LES NOMS
Le Roi Saint, Dieu des mystiques de la Merkavah qui jaillit des mondes occultes sur son Trône de Gloire, n’est pas, dans le Shiour Qomah, Dieu dans ou sur l’univers, mais l’univers lui même. Tous ses organes sont des univers assemblés formant Son corps de Gloire. Notre univers est le "ciel" biblique et correspond à l’empan divin : "Qui a mesuré les eaux dans le creux de sa main, Pris les dimensions du ciel avec l’empan" (Isa. 40:12). Cette dimension était celle du pectoral du Cohen Gadol, qui symbolisait notre ciel et ses douze signes du zodiaque représentés par les douze pierres : "Il était carré; on fit le pectoral double: sa longueur était d’un empan, et sa largeur d’un empan; il était double" (Ex. 39:9). .
Les descriptions des dimensions du corps de la Shekhinah ne sont pas appréhendables, elles se comptent en "parassoth", terme souvent rendu par "parasanges". Parassoth est le pluriel de "parassah", qui est une mesure de longueur. Ce mot peut aussi avoir le sens de "sabot" et parfois de "plante du pied". Sa racine srp, montre plusieurs directions, comme le fait de briser ou de diviser. Cette capacité à séparer ou partager, amène le mot "parass" qui veut dire "rideau", un synonyme de "vilon", le "voile", premier des firmaments du livre d’Hénoch. Le Shiour Qomah nous apprend qu’une parassah de Dieu est égale à trois miles, un mile à dix coudées et une coudée à trois empans. Sachant qu’un empan de Dieu correspond à notre univers, une parassah correspond donc à 90 fois notre univers. Dans un des textes du Shiour Qomah, le Sépher haShiour, la hauteur du Créateur est égale à 236 puissance 7 parassoth, c’est-à-dire à 2124 puissance 3 fois notre univers. .
A travers la loi du nombre, le Créateur remplit l’espace avec des dimensions incommensurables. C’est une façon de dire que Dieu existe mais qu’il ne peut être appréhendé par l’esprit humain. Tout ceci a une raison numérique précise, de cette hauteur de 2 360 000 000 parassoth, il ressort le nombre 236. Le Sépher ha Shiour commence ainsi : "Ceci est la mesure du corps divin, telle que le livre de la dimension l’énonce "est grand de puissance", 2 360 000 000 de parassoth, ceci est la hauteur du Créateur.". L’expression "est grand de puissance", veRav Koa’h en hébreu, est extraite du Psaume 147:5 : "Notre Seigneur est grand de puissance par sa force, Son intelligence n’a pas de limite.". La valeur numérique de "veRav-Koa’h" est égale à 236 (6+200+2+20+8), les 7 zéros qui suivent symbolisent "Son intelligence n’a pas de limite" ; c’est-à-dire que la dimension est inintelligible. La théologie du Shiour Qomah est fondée sur la description de Dieu "grand" - Gadol - qui est un signe de "puissance", en hébreu "Gibbor" ou "Rav-Ko'ah".
Aussi étranges que les dimensions, les noms mystiques des organes du corps divin sont une particularité du Shiour Qomah. Certains proviennent de la mystique de la Merkavah, ou se retrouvent dans l’angéologie traditionnelle, d’autres sont des noms divins courants ou particuliers. Par contre le Shiour Qomah attribue bien souvent des noms incompréhensibles. Mais là aussi, on peut penser à une influence ésotérique Babylonienne ; par exemple, le Sépher haShiour écrit : "Le nom de la couronne de sa tête est Shara. Ce mot n’existe pas en hébreu, par contre en araméen il correspond au verbe "demeurer" (les noms des mois hébreux ramenés de Babylone sont en araméen). On ne trouve qu’une seule fois ce mot dans la Bible, avec une expression araméenne issue justement du Livre de Daniel (2:22) : "Il révèle ce qui est profond et caché, il connaît ce qui est dans les ténèbres, et la lumière demeure (Shara) avec lui.". Il se trouve que dans la tradition Babylonienne, une graphie écrite par un chiffre (3600) correspond à cette mesure dite le "Shara" ; or précisément, le roi (qui porte la couronne), se dit Sharrou (à l’état construit Shara), en Assyrien.

Georges LAHY
virya.free.fr

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire