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AVERTISSEMENT

Amis lecteurs
Je ne fais ce Blog que pour vous faire decouvrir les tresors du Judaisme
Aussi malgre le soin que j'apporte pour mettre le nom de l'auteur et la reference des illustrations sur tous ces textes , il se pourrait que ce soit insuffisant
Je prie donc les auteurs de me le faire savoir et le cas echeant j'enleverais immediatement tous leurs textes
Mon but etant de les faire connaitre uniquement pour la gloire de leurs Auteurs

La Mystique Juive

La Vision d'Ézéchiel (XIVe siècle)
Le livre d'Ézéchiel est considéré comme le texte fondateur de la mystique juive.


La mystique juive

L'apparition de la mystique juive coïncide avec la période des premiers siècles de l'ère chrétienne : elle cherche à interpréter les données de la révélation à la lumière des textes de l’Écriture. Et il convient d'enraciner tout le courant de la mystique juive dans les différents mouvements de piété qui fleurissaient au moment de la naissance du christianisme.





A la mort du roi Hérode le Grand, en l'an 4 avant l'ère chrétienne, la succession de son royaume est difficile : Rome intervient et partage son royaume entre ses trois fils. L'un d'eux, Archélaüs, qui s'était vu attribuer la province de Judée, sera exilé par l'empereur en l'an 6 après Jésus-Christ : la Judée sera dès lors gouvernée par des procurateurs romains. Pourtant, l'agitation politique ne cessera pas : elle dégénère en une véritable révolte, qui conduit à la première guerre juive (66-73), marquée par la destruction du Temple en 70. ramenant à Rome ses trophées, dont un rouleau de la Torah et le chandelier à sept branches, Titus était, malgré tout, hanté par la crainte d'une nouvelle insurrection. La guerre se ralluma sous Hadrien (132-135) : la nation juive fut écrasée, et Jérusalem, baptisée Aelia Capitolina, fut interdite aux juifs. Au seul jour de l'anniversaire de la destruction du Temple, ils furent autorisés à venir pleurer près du Mur occidental du Temple, encore resté debout : ce Mur fut appelé "Mur des Lamentations" jusqu'à l'époque du retour des juifs dans l'État d'Israël. Désormais, il est appelé "Mur de l'espérance" ou encore "Mur de la Jubilation".
Après le démantèlement politique de la nation juive, le judaïsme devenait une religion en dehors de toute organisation politique : c'en était fait de la cité, du royaume plus ou moins théocratique. L'ère de la spiritualisation du judaïsme commençait, et pendant les siècles qui suivirent, jusqu'à la création de l'État d'Israël, en 1948, le voeu pieux de tout juif orthodoxe était de fêter la Pâque "l'an prochain à Jérusalem". Devant survivre en dehors de la Palestine, le judaïsme s'appuiera sur les différents courants de la tradition demeurés vivants pendent le premier siècle de l'ère chrétienne. Dès cette époque, en effet, le judaïsme était fragmenté en de multiples tendances dont les traces sont perceptibles dans les différents écrits. S'il n'est guère possible de rassembler toutes ces tendances pour en faire une synthèse artificielle de la religion juive, il faut néanmoins constater que les données essentielles de la religion biblique se trouvent dans chacune d'elles.





Ils constituent un courant de piété ("hassid" = pieux) qui s'était vraisemblablement alliés aux Maccabées par fidélité religieuse. Mais ils ne participèrent pas directement à leur lutte pour l'indépendance nationale : après l'échec de la révolte maccabéenne, ils firent la paix avec les Syriens et gardèrent strictement leurs objectifs religieux, centrés sur la fidélité absolue à tout l'enseignement de la Torah. Ils souhaitaient que toutes les affaires de l'État soient traitées sans autre considération que celle de la seule Torah, comprise non seulement comme la Loi écrite remontant directement à Moïse mais aussi comme la Loi orale qui s'était transmise, de génération en génération, depuis l'époque de l'exode.
C'est donc sous le signe de la Torah qu'il faut comprendre l'existence même du mouvement pharisien : ces hommes, dont le nom veut dire "les séparés" - c'est-à-dire ceux qui constituent la véritable communauté sainte d'Israël - ne participaient pas nécessairement à la classe supérieure juive. Ils étaient issus, sociologiquement parlant, du laïcat et non pas des castes sacerdotales ; et ils n'avaient pas reçu de formation spéciale, comme celle des scribes, avec lesquels ils entretenaient des relations très étroites. Mais si certains scribes appartenaient au mouvement pharisien, la plupart des membres de ce mouvement n'étaient pas des représentants de l'élite cultivée du peuple : ils étaient simplement des membres d'associations pieuses qui suivaient les règlements d'une communauté particulière, notamment en ce qui concernait la pureté rituelle et la dîme.
Constatant l'incapacité de la nation juive à pouvoir obtenir une place comparable à celle des grands empires de leur époque, ils renonçaient à toute ambition politique internationale. Réalistes, ils admettaient que rien, à l'échelle humaine, ne pouvait permettre de délivrer leur pays de l'autorité romaine et ils se satisfaisaient de la relative liberté qui leur était laissée pour étudier la Torah. Ils s'appuyaient sur le fait que les Écritures issues de Moïse avaient été commentées depuis longtemps et donc que la tradition orale pouvait permettre à cette loi mosaïque de continuer à s'appliquer dans les conditions nouvelles de l'existence du peuple.
Pour les pharisiens, YHWH était le Dieu de l'humanité tout entière, et, en conséquence, ils proposaient une doctrine de la relation individuelle de l'homme avec Dieu, relation qui se poursuivait au-delà même de la mort, puisqu'ils croyaient à la résurrection des morts. Ils n'étaient donc pas tout simplement de faux dévots hypocrites, semblables à ceux que le Nouveau Testament stigmatise avec ardeur, imposant un joug pénible de prescriptions légales et rituelles. Leur différend avec Jésus de Nazareth reposait sur le fait que ce dernier méprisait quelque peu leur interprétation très étroite de la Torah et les barrières qu'ils s'imposaient pour que celle-ci soit scrupuleusement respectée. Ils ne le critiquèrent jamais pour ses prétentions messianiques : eux aussi attendaient le Messie-Roi qui devait libérer le peuple de la domination étrangère. Aussi ne sont-ils pas intervenus dans le procès qui opposa Jésus et les chefs des prêtres.
Les membres des communautés pharisiennes étaient donc issus des classes populaires de la nation : principalement des marchands, des artisans et des paysans, qui n'avaient pas reçu une formation de scribe. D'ailleurs, dans ses discussions avec les pharisiens, Jésus de Nazareth ne se situe jamais sur le plan de la spéculation intellectuelle ou des questions théoriques. II se place plutôt sur le plan des questions pratiques ou tout au plus sur des questions d'exégèse de la Torah. Cela laisse supposer que, même en milieu chrétien, les pharisiens n'étaient pas perçus comme de grands théoriciens du judaïsme, mais comme des hommes soucieux de conformer leur existence aux principes de la Loi de Moïse. Toutefois, si les communautés pharisiennes étaient des communautés d'origine populaire, il semble que leurs membres n'hésitaient pas à se considérer comme supérieurs à l'ensemble du peuple qui n'observait pas les prescriptions rigoureuses, aussi bien au niveau religieux que sur le plan de la morale quotidienne. Néanmoins, la foule suivait les pharisiens de manière inconditionnelle, car ils étaient capables de se dévouer entièrement pour la cause de leurs compatriotes. En face du pouvoir religieux et sacerdotal, comme en face du pouvoir politique, ils représentaient le parti du peuple, qui visait à l'abolition de toutes les différences de classes sociales dans le Nouvel Israël.
Aussi ne faut-il pas s'étonner de constater que ce sont ces mêmes pharisiens qui, après la catastrophe nationale de 70, prendront en mains les destinées du judaïsme : ils tentèrent d'empêcher le peuple de se lancer de nouveau dans la guerre, en l'invitant à se soumettre à la volonté divine, mais ils échouèrent dans cette entreprise.





Si les pharisiens étaient plus ou moins progressistes dans le domaine religieux - puisqu'ils acceptaient la validité de la tradition orale - les sadducéens, quant à eux, étaient de fermes conservateurs : ils ne reconnaissaient l'autorité que des écrits les plus anciens, notamment la seule Torah mosaïque refusant toute la tradition orale, refusant également de reconnaître les progrès doctrinaux et les nouvelles croyances, qui n'étaient pas fondés dans les premiers écrits. Ainsi, ils ne pouvaient admettre la croyance aux anges, à la résurrection des morts et à la rétribution universelle après la mort.
Les sadducéens formaient également un groupe organisé comprenant dans ses membres les grands prêtres, les anciens, la noblesse sacerdotale et la noblesse laïque : comme dans le mouvement pharisien, c'est le laïcat qui forme la grande masse des partisans, alors que le clergé parvient à exercer son influence en tant que spécialisé dans le domaine des affaires religieuses. La théologie sadducéenne se ressent du conservatisme religieux de ses membres. YHWH est exclusivement le Dieu national d'Israël, et c'est en cela qu'ils s'opposèrent farouchement eux pharisiens.
Pour eux, la Torah pouvait servir de constitution nationale, bien que, dans les circonstances qui étaient celles du premier siècle, il ne pouvait pas être question de mener une politique strictement théocratique. Il leur fallait donc nécessairement se soucier de l'opportunité politique et des intérêts économiques. Aussi ne faut il pas s'étonner de les voir collaborer avec la puissance politique en place, fut-elle étrangère. Ils accepteront le joug de Rome, en s'accommodant tant bien que mal des circonstances les plus défavorables. Les masses populaires ne purent jamais accepter de telles compromissions et elles se rangèrent sous l'autorité du mouvement pharisien : et les grands prêtres perdirent toute importance politique, vers le milieu du premier siècle de l'ère chrétienne.
Le déclin de la nation d'Israël, après l'insurrection des zélotes en 67, amena la complète dissolution de la noblesse sacerdotale et laïque : désormais, il ne pouvait plus être question de privilège obtenu par la simple naissance, tout fidèle allant bientôt être soumis à la loi romaine dans sa plus grande rigueur.





Comme les pharisiens, les Esséniens doivent vraisemblablement trouver leur origine auprès de ceux qui soutinrent les Maccabées, dans la fidélité à la dynastie sacerdotale. Les écrivains juifs, Philon d'Alexandrie et Flavius Josèphe, les présentent comme organisés en petites communautés locales. Jusqu'en 1947, on ne disposait guère de renseignements sur cette secte juive du premier siècle en réaction contre l'oppression et la misère subies par les juifs, sous les Hérode, certains hommes décidèrent de se mettre à l'écart du monde mauvais et te vivre désormais dans la piété et la sécurité de la religion. Certains suivirent les conseils de vie des Esséniens, mais ne quittèrent pourtant pas leur existence quotidienne, si bien qu'il existait des communautés esséniennes locales, chargées surtout d'oeuvres de solidarité envers les frères de passage dans les villes et les villages. Mais la plupart des fidèles de la secte se retiraient dans les voisinages de la mer Morte, pour pratiquer un ascétisme très rigoureux. Il semble ainsi, après les fouilles entreprises à Qirbet Qumrân, que l'ensemble des constructions découvertes formait un véritable monastère, une sorte de maison-mère régie par la Règle de la communauté. De 1951 à 19t6, on a pu mettre à jour l'ensemble des bâtiments de cette communauté ; mais la découverte la plus extraordinaire fut certainement la découverte des manuscrits que les Esséniens avaient dissimulés dans les grottes voisines de leur communauté, quand ils durent s'enfuir devant l'avance des armées romaines...
La Règle de la communauté est probablement le plus ancien document de la secte : sa composition littéraire permet de la situer au deuxième siècle avant l'ère chrétienne. Elle contient les statuts concernant l'initiation des membres et une sorte de règlement intérieur pour diriger la vie commune : organisation, discipline, code pénal, devoir religieux et liturgique du maître et de ses disciples. La communauté ressemblait donc assez étrangement, quant à son mode de vie, à un monastère dont les différents membres travaillaient en grande partie dans la copie soigneuse des textes scripturaires. Beaucoup plus soucieux de la pureté du judaïsme que les pharisiens eux-mêmes, les Esséniens recherchaient la perfection la plus absolue. Pour ce faire, certains se vouèrent même au célibat, dans l'attente de la venue imminente du Messie. Ce célibat rompait avec la tradition entière du judaïsme qui prône le mariage et la fécondité. Il est cependant pratiquement certain que tous n'embrassèrent pas le célibat, puisque, dans le cimetière redécouvert à Qumrân, les archéologues ont trouvé quelques squelettes de femmes et d'enfants. Ceux qui recherchaient la plus grande sainteté devaient considérer comme préférable de n'avoir point charge de famille. A cet égard, les Esséniens se présentent comme les précurseurs des moines et des ermites de l'Église chrétienne.
La communauté de Qumrân reprenait à son compte les concepts fondamentaux du judaïsme : l'élection d'Israël, l'alliance entre YHWH et son peuple et le salut universel dont le peuple d'Israël devait être le témoin à la face du monde. YHWH avait choisi Israël en fidélité à la promesse qu'il avait faite à Abraham, il renouvela son choix, en accordant l'alliance du Sinaï, pour le salut du peuple tout entier, et à travers ce peuple au monde. Mais l'infidélité de ce peuple ne pouvait pas ruiner la fidélité éternelle de Dieu à la promesse qu'il avait faite : le reste d'Israël - et les membres de la secte se considéraient comme ce petit reste - devait racheter l'ensemble du peuple et assurer le salut au peuple choisi par YHWH. Pour cela, une guerre sainte était pratiquement inévitable, et c'est ce que présente la Règle de la guerre. Cette Règle est évidemment un écrit théologique qui présente le combat éternel entre les fils de la lumière et les fils des ténèbres. Mais elle contient également des aspects politiques : il n'est pas impossible d'identifier les fils des ténèbres avec les armées romaines qui devaient finir par vaincre toute résistance palestinienne.
Proches des Esséniens, certains visionnaires, désespérant de la situation que connaissait Israël, mirent leur espoir dans un autre monde, un monde surnaturel qui succéderait au monde présent, grâce à une intervention divine qui ne pouvait être qu'imminente. Leurs écrits sont qualifiés d'apocalyptiques, car ils se présentent comme des révélations faites par Dieu lui-même, et d'eschatologiques, puisqu'ils traitent des choses dernières de l'existence humaine. En insistant sur la perversité ou sur la dépravation de la nature humaine, les écrivains apocalyptiques et les Esséniens s'opposaient à la doctrine traditionnelle du judaïsme, qui affirme que l'homme possède des qualités morales et spirituelles qui lui permettent de vaincre tout mal et de hâter la venue du Messie. Les Esséniens rompirent donc avec le judaïsme traditionnel : celui-ci n'admet pas le retrait du monde pour échapper aux souffrances et ne peut approuver l'ascétisme absolu comme ligne de conduite essentielle de la vie humaine. Très rapidement donc, la doctrine essénienne tomba en désuétude et n'exerça aucune influence sur le développement ultérieur du judaïsme.





Les Esséniens apportaient une réponse négative à la misère et à l'oppression qu'ils pouvaient connaître, en se réfugiant dans des communautés qui leur apportaient une relative sécurité. Les zélotes, quant à eux, entendaient trouver une solution pratique à cette oppression : ils refusaient de se cacher du monde et se préparaient activement à la lutte contre toute tyrannie.
En cela également, ils s'opposaient aux pharisiens et aux saducéens, qui étaient toujours prêts à collaborer avec la puissance d'occupation pour bénéficier d'une relative sécurité. Pourtant, les zélotes n'étaient pas des nationalistes fanatiques : ils étaient prêts à lutter et à mourir pour l'amour de la patrie, mais ils vivaient aussi dans un profond attachement à la Torah, pour laquelle aussi ils auraient accepté de subir la persécution et la mort. Forts de cette Torah, qui se présentait à eux comme la révélation même de la volonté de Dieu, ils se sentaient la force de provoquer tous les ennemis du peuple que Dieu s'était choisi.
La présence de païens sur la terre promise en héritage aux fils d'Israël leur semblait un outrage aux droits de YHWH sur son peuple. C'est en Galilée, dans la province du Nord de la Palestine, que se développa le mouvement zélote : Ezéchias, le père de Juda le Galiléen qui donna son impulsion au courant révolutionnaire, avait combattu Hérode à la tête d'une troupe de partisans ; en 66 après Jésus-Christ, Ménahen, le fils de Juda, fut l'un des principaux chez de la révolte contre les romains, qui devait tourner à la guerre et amener la destruction de Jérusalem. Au lieu de calmer l'ardeur de ces patriotes religieux, les vexations et les persécutions subies par les juifs ne firent que les exacerber, et les zélotes appelèrent le peuple à la lutte sans merci contre son oppresseur. Les pharisiens tentèrent vainement d'écarter Israël de cette révolte armée, et de l'empêcher d'entrer dans une guerre qui ne pouvait que conduire à la perte du peuple. Mais ils ne furent pas suivis dans leurs raisonnements : la situation politique que connaissait alors le peuple d'Israël était telle qu'il lui était impossible de subir davantage l'oppression romaine. Les zélotes entraînèrent donc le peuple dans la révolte, et le résultat en fut la catastrophe nationale de 70 : Jérusalem tomba et le Temple fut détruit par les flammes. La nation juive disparaissait mais les juifs subsistèrent...
Qumrân tomba aux mains des romains en 68, et ceux-ci incendièrent les bâtiments de la communauté. Des membres de la secte purent cacher les manuscrits de la bibliothèque dans des grottes voisines. C'est là que de jeunes bédouins les retrouvèrent en 1947. Le site de Qumrân servit de quartiers aux armées romaines, dans les années qui suivirent la chute de la communauté. Ses membres se joignirent sans doute aux zélotes, qui les entraînèrent dans la résistance à outrance, jusque dans la forteresse construite par Hérode sur le plateau de Massada, qui tomba, elle aussi, en 74. Ce denier bastion de résistance n'abritait qu'un petit millier de fidèles décidés à ne pas céder à l'oppression romaine, dont les campements regroupaient plus de dix mille hommes décidés, quant à eux, à en finir avec cette guerre juive. Pour réduire cette forteresse, il fallait que les romains forcent la muraille pour pénétrer à l'intérieur, ce qui était chose impossible ; alors, ils construisirent une rampe d'assaut, avançant rapidement dans leurs travaux, malgré les grosses pierres que les assiégés faisaient rouler sur les sentiers menant à la forteresse. Les zélotes ne pouvaient rien faire qu'espérer un miracle, celui-ci ne vint pas : la muraille fut percée. Le sort de Massada était décidé et le chef de la forteresse prend la décision fatale : plutôt mourir que de vivre dans la servitude. Flavius Josèphe, l'historien du judaïsme antique, retrace l'exhortation Éléazar ben Yair, au moment de la chute de Massada :
Il y a longtemps, mes braves, que nous avons résolu de n'être asservis ni aux Romains, ni à personne, sinon à Dieu qui est le seul vrai, le seul juste maître des hommes ; et voici venu l'instant qui commande de confirmer cette résolution par des actes. En ce moment donc, ne nous déshonorons pas, car nous fûmes les premiers à nous révolter et nous sommes les derniers à leur faire la guerre. Je crois d'ailleurs que nous avons reçu de Dieu cette grâce de pouvoir mourir noblement en hommes libres, tandis que d'autres, vaincus par leur attente, n'ont pas eu cette faveur. Nous avons sous les yeux, pour demain, la prise de la place, mais aussi la liberté de choisir une noble mort que nous partagerons avec nos amis les plus chers... Que nos femmes meurent sans subir d'outrages ; que nos enfants meurent sans connaître la servitude ! Après les avoir tués, nous nous rendrons les uns aux autres un généreux office, en conservant la liberté qui sera notre noble linceul. Mais d'abord, détruisons par le feu nos richesses et la forteresse ! Laissons seulement les vivres, ceux-ci témoigneront pour les morts que ce n'est pas la disette qui nous a vaincus, mais que, fidèles à notre résolution première, nous avons préféré la mort à la servitude... Prenons-nous en pitié, nous, nos femmes et nos enfants, tant qu'il nous est encore permis d'avoir pitié de nous-mêmes. Car c'est pour la mort que nous sommes nés et que nous avons engendré nos enfants : même les heureux ne peuvent y échapper. Mais les outrages, l'esclavage, la vue de nos femmes ravies avec nos enfants pour le déshonneur, ce ne sont pas les maux d'une nécessité naturelle pour les hontes ; de telles épreuves, ils les supportent par lâcheté, parce qu'ils ne veulent pas, en en ayant le pouvoir, les prévenir par la mort... Mourons sans être esclaves de nos ennemis : sortons ensemble libres de la vie, avec nos enfants et nos femmes (Flavius Josèphe, La guerre des Juifs).
Dans le monde juif actuel, Massada conserve toujours sa valeur de symbole : la lutte d'un petit nombre contre la multitude, la lutte des faibles contre les forts, le choix réfléchi de manière spirituelle de ceux qui préfèrent la mort à la vie honteuse de la servitude, au renoncement aux valeurs qui les faisaient vivre antérieurement. Et les juifs actuels, retrouvant la terre de leurs ancêtres, redécouvrant le sacrifice des zélotes continuent de faire ce serment, au moment de leur service militaire : Massada ne tombera jamais plus !





A quelques kilomètres du site de Qirbet Qumrân, sur les bords du Jourdain, un dernier prophète - qui n'est pas reconnu comme tel, par la tradition juive ultérieure - Jean proposait un baptême de conversion à tous ceux qui espéraient la venue de l'ère messianique, dans l'attente de celui qui devait libérer Israël.
On a souvent pensé que Jean, surnommé Baptiste, à cause de son activité principale, avait été influence par la communauté de Qumrân. Ce n'est pas impossible. Cependant, à la différence de celle-ci, il n'accueillait pas près de lui une sorte d'élite religieuse, mais l'ensemble du peuple, pécheur, qu'il préparait à la venue du Messie, en lui proposant un baptême de conversion et de pénitence. Jean renouait ainsi avec le prophétisme le plus ancien d'Israël : à chacun, il donnait des conseils appropriés à sa situation, l'invitant à suivre la religion juive selon son esprit et non pas seulement selon sa lettre.
L'usage de l'eau, qui permet les ablutions rituelles, est un signe commun à presque toutes les religions. En effet, le symbolisme de l'eau est tel qu'il signifie la régénération des individus. Et, les prêtres se soumettaient à des ablutions avant de pénétrer dans le Temple de Jérusalem. La religion juive comportait d'ailleurs de très nombreux rites d'ablution, en vue de purifier l'homme de tout ce qui était susceptible de le rendre impur, selon les écrits de la Torah, et particulièrement selon le Lévitique. Au premier siècle de l'ère chrétienne, ces ablutions rituelles étaient observées avec une extrême minutie : c'est ainsi que les Esséniens prenaient un bain de purification avant chaque repas. Jésus de Nazareth s'est trouvé mis en accusation par les pharisiens, parce que ni lui ni ses disciples ne tenaient compte des prescriptions de purification avant de prendre leurs repas. La religion juive connaissait aussi à l'époque un baptême réservé à ceux qui se convertissaient à la foi traditionnelle. Tout païen venant au judaïsme devait prendre un bain qui effaçait toute trace d'impureté rituelle, avant de recevoir la circoncision. Les ablutions purificatrices remontaient à la Loi exprimée par Moïse. D'autre part, dans le second livre des Rois, Élisée envoya Naaman, le Syrien lépreux, se plonger dans les eaux du Jourdain, afin d'y être purifié de sa maladie : Alors Naaman descendit au Jourdain et s'y plongea sept fois, selon la parole de l'homme de Dieu. Sa chair devint comme la chair d'un petit garçon, il fut purifié (2 R. 5, 14).
A l'époque de Jean le Baptiste, le baptême était donc un rite suffisamment bien établi pour que Jean n'ait pas besoin de justifier le baptême qu'il donnait, bien que celui-ci présentât un caractère quelque peu nouveau. D'abord, celui qui était baptisé recevait le baptême des mains de quelqu'un d'autre, alors que tes ablutions rituelles et purificatrices étaient tout à fait personnelles. De plus, Jean orientait le baptême qu'il donnait dans le sens d'une préparation immédiate à la venue du Règne messianique : il invitait à la conversion, au changement de vie et au changement d'esprit dans une pénitence et dans un acte de foi au Royaume de Dieu qui arrivait. Le baptême de Jean se situait comme un geste prophétique qui signifiait la préparation des pécheurs à l'imminence de la visite que YHWH allait rendre à son peuple. Dans la lignée du Baptiste, il faut sans doute placer Jésus de Nazareth et ses premiers disciples. Les évangiles présentent, en effet, Jésus se faisant baptiser par Jean et recrutant parmi les disciples de celui-ci ceux qui allaient devenir les siens.
La mort du Baptiste, exécuté par ordre du roi Hérode, devait permettre à Jésus de mener son action propre. S'écartant du courant baptiste, il présente un message qui, dans sa forme, semble nouveau pour le peuple. Très documenté dans le domaine de la Torah, il s'apparente avec les pharisiens et les docteurs de la Loi, avec lesquels il aura des démêlés d'ordre pratique. On a parfois présenté Jésus comme un sympathisant des zélotes, puisque parmi ses disciples se trouve un certain Simon le zélote. Mais cette hypothèse tombe devant le fait qu'il annonçait un Royaume de Dieu qui devait survenir à l'improviste et non pas sous le coup d'une révolte armée de la part des hommes. Il n'empêche que Jésus connut la mort de la plupart des résistants juifs : la crucifixion. Tacite, l'historien romain, rapporte que Christ, le fondateur du nom de chrétien, a subi la peine de mort sous le règne de Tibère, par suite d'une sentence du procurateur romain, Ponce-Pilate.
Ses disciples en firent immédiatement un messie céleste qui devait revenir sur terre pour le jugement définitif de l'humanité. Ainsi naissait une nouvelle secte juive : le judéo-christianisme, qui devait se séparer du judaïsme pour devenir l'Église chrétienne.
Les premiers judéo-chrétiens restaient des juifs respectueux de l'ensemble de la tradition, fréquentant avec assiduité le Temple et l'enseignement de la synagogue, observant encore toutes les prescriptions alimentaires et rituelles. Mais quelques décennies plus tard, sous l'influence de Paul de Tarse, pharisien d'origine, le judéo-christianisme faisait de Jésus non plus un homme comme les autres, mais le Fils même de Dieu, et Dieu lui-même, ce qui contredisait l'affirmation juive du monothéisme absolu. La rupture entre les Juifs et les disciples de Jésus de Nazareth, appelé Christ par ses disciples, était alors consommée.
Il fallait mentionner les origines les plus lointaines du christianisme, car c'est principalement dans l'opposition à ce dernier que le judaïsme ultérieur a pu se modeler et se donner des normes pour continuer son oeuvre, d'une manière spirituelle, après la catastrophe nationale et la chute de Jérusalem.





C'est surtout au mouvement pharisien que le peuple juif doit d'avoir survécu après 70 : les pharisiens suscitèrent dans le peuple une fidélité à la Torah qui se révéla plus forte que les armes. La théologie de ce parti religieux était telle que YHWH n'était pas seulement un Dieu national, mais le Dieu de tous les hommes, et sa providence s'étendait sur chaque individu, même aux moments les plus dramatiques de son histoire. YHWH restait fidèle à la promesse qu'il avait faite aux pères, il veillait au bien de son peuple. Et selon les pharisiens, la chute du Temple ne devait pas signifier la destruction de la foi juive.
Dans les synagogues, répandues sur le territoire d'Israël comme dans toute la Diaspora, la Dispersion des juifs à travers le monde entier, la liturgie du culte sabbatique et la prière prenaient déjà le relais des sacrifices au Temple et préparaient déjà, inconsciemment, le moment où il n'y aurait plus de lieu sacré où rendre a YHWH le culte sacrificiel. La fidélité des pharisiens à la Torah orale leur permettait également de s'adapter aux situations les plus nouvelles qui pouvaient se présenter à eux.
En 69, Vespasien, proclamé empereur de Rome, décide d'en finir avec l'insurrection juive, commencée en 66 : il envoie son fils Titus avec la mission de mener à leur terme les opérations en Palestine. Après plusieurs mois de siège, Jérusalem tombe en 70 et son Temple est incendié : les juifs sont vendus comme esclaves, la fonction de grand-prêtre est supprimée (puisqu'il n'y a plus de sacrifices possibles), le sanhédrin, tribunal religieux est également supprimé. Les juifs survivants et encore libres se regroupèrent, peu à peu, autour des docteurs de la Loi et des fidèles du mouvement pharisien. Dès avant la fin de la guerre, percevant quel serait le sort réservé à Jérusalem, avec l'avance des armées romaines, Rabbi Johanan ben Zakkaï, un des disciples de Rabbi Hillel avait quitté la ville sainte et s'était installé sur la côte, à Jamnia. C'est là qu'il va fonder une école de rabbins et organiser un grand conseil qui prendra la relève du sanhédrin disparu. Jamnia devint ainsi le centre culturel et doctrinal du judaïsme, après le désastre national de 70. Quand Johanan apprit la destruction de Jérusalem et l'incendie de son Temple, il se déchira les vêtements en signe de deuil, et il entreprit aussitôt de consoler ses fidèles en leur rappelant que tout n'était pas perdu, puisqu'ils conservaient la Torah, laquelle devait servir à rallier tous les juifs répandus à travers le monde. Si l'état juif avait cessé d'exister dans les faits, l'âme juive et son idéal national pouvaient continuer de subsister.
Le grand conseil se chargea dès lors de l'éducation du peuple juif, de la législation et du gouvernement spirituel sur l'ensemble des juifs du monde. Il prit le nom de Sanhédrin académique, et son autorité spirituelle fut rapidement reconnue par les juifs restés en Palestine comme par ceux qui étaient dispersés. Une oeuvre considérable fut entreprise à Jamnia : c'est là que, vers la fin du premier siècle, les rabbins pharisiens décidèrent de fixer le canon de la Bible, c'est-à-dire la liste des livres saints reconnus comme ayant une autorité pour l'ensemble du judaïsme, déterminant aussi le texte consonantique de la Bible hébraïque ; c'est là aussi que fut décidée la traduction en grec d'une Bible à l'usage des croyants qui ne comprenaient plus l'hébreu. Très rapidement, ce grand sanhédrin académique devint, par l'intermédiaire de son président, le représentant de toute la communauté juive auprès des autorités romaines.
L'enseignement de la Torah orale se faisait par une sorte de commentaire explicatif du texte biblique : le " midrash ", qui poussait à fond l'étude d'un texte ou d'une citation de l’Écriture sainte. Cette méthode d'enseignement remontait d'ailleurs à une vénérable antiquité, puisque, lors du retour de la déportation à Babylone, les exilés se servirent de cette méthode pour exprimer la pensée juive, à partir des enseignements tirés de la Bible. Et les traditions, depuis cette époque, étaient devenues si abondantes, qu'au moment de la destruction du Temple même la mémoire la plus fidèle ne pouvait plus emmagasiner l'ensemble de la pensée midrashique. De plus, l'absence de textes écrits amenait à la confusion des différentes traditions, ce qui conduisait non seulement à des divergences d'interprétation des textes bibliques, mais aussi à des pratiques religieuses et légales différentes. L'académie de Jamnia se mit donc à la tâche en examinant à fond toutes les traditions qui étaient encore véhiculées oralement : chaque sujet fut examiné à la lumière de l’Écriture, interprété à la lumière des traditions ou des raisonnements logiques, puis adopté par un vote. L'ensemble de ces sujets examinés et traités fit l'objet d'une rédaction écrite, sous la forme de la Mishna, vaste tentative de systématisation des lois et des doctrines, qui devait permettre de rendre la Torah plus accessible à tous ceux qui se lançaient dans son étude.
La reconstruction du judaïsme fut donc rapide, après la chute de Jérusalem. Mais cette restauration, aussi bien religieuse que sociale, fut de courte durée. Car l'arrivée au pouvoir de l'empereur Hadrien allait amener pour les juifs la persécution. Cet empereur voulait unifier culturellement et religieusement tous ; ses sujets et il interdisit donc au Sanhédrin académique l'exercice de son gouvernement : il ferma l'école de Jamnia et promulgua un édit proscrivant, sous peine de mort, l'étude de la Torah et l'observance des lois religieuses. La situation du peuple juif allait s'améliorer avec l'arrivée au pouvoir d'Antonin le pieux, sous le règne duquel une période de renaissance allait se faire jour pour le judaïsme, période qui allait conduire à la rédaction de la Mishna, de Rabbi Juda le Prince, et à celle, quelque peu ultérieure, du Talmud.





En 135, l'insurrection juive est définitivement écrasée par les armées romaines. Loin d'être une cause d'abattement, pour certains, c'est encore l'occasion d'un nouveau réveil. Ainsi, pour le rabbi Siméon ben Yochaï, dont la vie est racontée comme étant celle d'un saint... Il vécut donc à la transition des deux premiers siècles, au moment où le peuple juif connaissait la plus grande amertume depuis la déportation en Babylonie. Au moment de sa naissance, en Galilée, les romains avaient déjà détruit le Temple de Jérusalem et imposaient au peuple la dure épreuve de la colonisation. Son caractère intransigeant s'explique certainement par la prise de conscience de cette situation pénible : il apparaît comme un homme qui sait ce qu'il veut et il commence à travailler très durement pour être reconnu comme un rabbi, tout en rejoignant très vite le camp de la résistance à l'oppresseur. Étant entré en conflit avec les romains, il est contraint de s'enfuir avec son fils, tous deux se réfugient dans une grotte, où la légende rapporte qu'il recevait chaque jour la visite du prophète Élie. Pendant treize années, il mène une vie de prière et de méditation dans cette caverne, où il ne cesse d'entretenir les disciples qui l'ont suivi. Ce retrait de la vie publique n'est donc qu'apparent, car tout en travaillant à la recherche la plus abstraite en matière de religion, il ne cessait de se préoccuper du combat quotidien contre l'occupant, qui l'a condamné à mort à cause de son enseignement subversif. Ce sont les mystères, qui lui auraient été communiqués par le prophète Élie, qui constituent la plus grande partie du contenu doctrinal du Zohar. Et, on a longtemps attribué cette oeuvre à Siméon ben Yochaï. Pourtant, il ne saurait être écrit de sa main, puisqu'il rapporte la mort du rabbi :
L'heure est venue, déclara-t-il : je veux entrer dans le monde futur sans honte. Aussi vais-je révéler des choses sacrées, des réalités non encore révélées, afin que l'on ne puisse pas me reprocher d'avoir quitté le monde sans avoir accompli complètement ma mission. Toutes ses paroles furent alors recueillies par ses disciples présents, puis la mort vint le visiter : une lumière se répandit autour de son cadavre, elle était telle que personne ne pouvait le regarder. Et, quand vint le moment d'enlever son corps, une colonne de feu précéda la procession de ses funérailles.
C'est à ce Rabbi, mort en état de sainteté, que l'on attribue généralement l'inspiration du Zohar, même si cette oeuvre ne trouve pas nécessairement en lui son véritable auteur. D'ailleurs, la question de la paternité de cet ouvrage mystique n'a jamais été résolue : il n'est cité par personne avant le douzième siècle, et il ne fut imprimé qu'au seizième siècle en Italie. L'hypothèse la plus vraisemblable serait que le Zohar soit une oeuvre composée par plusieurs auteurs, dont les textes auraient finalement été réunis en un seul livre par Moïse de Léon, à la fin du douzième siècle en Espagne. Cette oeuvre ne tarda pas à devenir le manuel des mystiques juifs, et c'est lui qui a profondément influencé le judaïsme. Il allait donner à la Kabbale sa position éminente dans la vie juive ultérieure. Le terme de "Kabbale" (littéralement, la "tradition"), désigne à l'origine toute la tradition doctrinale du judaïsme, à l'exception de la Torah de Moïse, et plus particulièrement la transmission orale, puis écrite des enseignements relatifs à la pratique religieuse.





Tout en se présentant comme le fruit d'une recherche très ancienne, la Kabbale fut surtout d'abord une sorte de doctrine secrète réservée à un petit nombre d'initiés privilégiés, avant de devenir, au quatorzième siècle, la doctrine du plus grand nombre... Comme toutes les mystiques, la mystique juive trouve son enracinement dans la méditation du Dieu vivant, dont l'essence inconnaissable se manifeste dans l'ordre surnaturel du monde, là où se trouve l'homme qui peut bénéficier de cet ordre pour mieux comprendre et le monde humain et le monde divin. Car il existe deux types de mystique juive : un type hautement spéculatif qui s'intéresse à la nature du monde spirituel et à ses rapports avec le monde des hommes, et un type plus pratique qui cherche à tirer parti de l'influence du monde surnaturel sur le monde des hommes afin de justifier les faits psychologiques ou thaumaturgiques. Dieu étant la source première de toutes les choses de ce monde, il lui est possible d'exercer son influence partout, de telle sorte que le cosmos entier entre en harmonie avec la puissance divine.
Le mouvement de la Kabbale, qui préexistait à l'organisation du Zohar, reçut de cette oeuvre une impulsion telle que ce livre fut rapidement reconnu comme la réunion et le résumé de toute la tradition mystique et ésotérique ancienne. Rassemblant les traités de différentes tendances, il constitua le document majeur de la pensée mystique, et il servit véritablement d'ouvrage de référence. Les thèmes principaux du Zohar sont la connaissance de la nature même de Dieu, la manière dont il s'est fait connaître aux hommes, les différents noms sous lesquels il a effectué cette révélation de lui-même, puis la connaissance de la nature de l'homme, sa destinée, la nécessité pour lui de découvrir les enseignements de la Torah (aussi bien écrite qu'orale), et enfin le rôle que le Messie peut jouer dans la rédemption finale de tous les hommes. Le rédacteur du Zohar a certainement puisé dans le Talmud et les midrashim les doctrines fondamentales, tout en développant le contenu mystique des éléments qu'il leur empruntait. En effet, l'originalité du Zohar n'est sas de reprendre d'une autre manière les méthodes d'explication, transmises par les générations précédentes. Ces méthodes, connues sous le nom formé par leurs initiales : PaRDes, qui signifie "paradis", sont l'interprétation littérale (Peshat), l'interprétation allégorique (Remez), l'explication (Dures) et la mystique (Sod). L'originalité du Zohar, c'est de situer l'interprétation mystique au-dessus de toutes les autres, déjà connues par le Talmud.
Le Zohar, c'est en principe la "Lumière". On pourrait alors penser qu'en ouvrant cet ouvrage, on trouve une oeuvre pleine de clarté, alors que c'est facilement l'obscurité qui se présente. C'est une pensée subtile qui se manifeste dans cet effort presque désespéré de l'esprit humain pour s'élever à une compréhension aussi logique et générale que possible de Dieu, de la création, de la grandeur et de la misère de l'homme. Dieu est secret, il ne peut être connu dans sa totalité : mais on peut s'en approcher et trouver ainsi le chemin de la connaissance. L'infini de Dieu est à la fois de qu'il y a de plus caché et ce qui se donne totalement à connaître. Et afin de rendre perceptible son existence, il émet des rayons de lumière, appelés sefiroth, qui se présentent comme ses intermédiaires dans le monde de la création. Ces sefiroth sont divisés en trois groupes. Le premier groupe est une triade constituant le monde en tant que lieu de la manifestation de la pensée divine : Volonté, Sagesse et Intelligence. Le deuxième groupe est également une triade comprenant l'Amour (principe de toute vie), la Puissance et la Beauté (qualifiée parfois de Bonté) ces trois éléments assurant l'ordre moral dans l'univers. La troisième triade représente l'univers physique : la Victoire (ou la Ténacité de Dieu), la Majesté et le Fondement qui assure la stabilité à l'univers. Le dixième et dernier aspect des Sefiroth, c'est le Royaume qui manifeste la Présence de Dieu dans l'univers.
Cette Présence est appelée Shékinah, ou immanence de Dieu aussi bien dans le monde des choses que dans les vies personnelles ou communautaires de tous les fidèles. A l'origine, l'Infini de Dieu et sa Présence étaient unis dans une unité harmonieuse : rien ne troublait les relations que Dieu pouvait entretenir avec le monde qu'il avait lui-même créé. Mais, par son péché, Adam, l'homme premier, s'est séparé de son Créateur ; et aussitôt, l'unité initiale a été définitivement rompue, ce qui n'a pas manqué d'entraîner l'apparition du mal dans l'univers. L'harmonie des origines fit alors place à la discorde : le désordre succède à l'ordre originel. Depuis lors, la Shékinah est en exil : au lieu de pénétrer toutes les réalités, elle ne se manifeste plus que dans quelques communautés ou quelques individus isolés... Le reste du monde ne peut alors sas connaître la bénédiction de cette Présence divine.
La restauration de l'unité est une oeuvre constante à laquelle chaque fidèle est invité à participer, en communiant le plus intimement possible avec Dieu et en veillant à mener une existence morale parfaite. Tout homme est invité à cette grande oeuvre, mais c'est particulièrement le peuple d'Israël qui a reçu cette charge en raison de son élection. En choisissant Israël parmi toutes les autres nations de la terre, Dieu a conclu avec son peuple une alliance éternelle, dont la manifestation la plus concrète avait été l'édification du Temple, le lieu privilégié de la résidence de la Shékinah. Depuis la destruction du Temple, les relations de Dieu avec Israël ont changé, mais cette Présence de Dieu n'a jamais abandonné son peuple, elle l'accompagne tout au long de son existence en exil loin de la terre des ancêtres. Mais quand viendra le Messie, quand le peuple sera enfin retourné sur la Terre sainte, et Quand le Temple se dressera de nouveau à Jérusalem, la Shékinah retrouvera sa place initiale et l'harmonie des origines pourra être rétablie. Pour hâter cette restauration, l'étude de la Torah et l'application des préceptes qu'elle contient est nécessaire : le Zohar ne cesse d'affirmer que la Torah a été donnée à Israël que pour qu'il travaille à cette unité, car Dieu lui-même regardait la Torah quand il entreprit la création du monde.
Il revenait aux Maîtres de la Kabbale de découvrir le sens caché de la Torah, que Dieu avait dons sous les yeux, dès avant la création du monde. En décryptant le texte sacré, il leur était possible de découvrir la trace même que Dieu laissait dans l’Écriture, car la Torah ne leur parait pas être un simple texte composé de phrases et de mots, mais l'expression même de la Sagesse de Dieu, dont aucun langage humain ne peut donner un sens définitif : ainsi, les commandements qui sont donnés comme le signe même de l'alliance éternelle entre Dieu et le peuple d'Israël sont simplement des expressions, adaptées à la raison humaine, des lois universelles établies par Dieu, dès avant la création du monde, alors qu'il lisait dans la Torah ce qu'il devait accomplir. Mais, quand l'homme accomplit fidèlement et scrupuleusement les commandements donnés par l'intermédiaire de Moïse, il participe lui aussi effectivement à l'oeuvre continuée de la création, en essayant de reconstruire l'harmonie primitive.
Cet homme, qui se trouve au centre de l'univers créé, a une importance capitale : malgré ses limites, il est appelé à découvrir le Dieu qui se révèle à lui, mais sous des aspects cachés. Son travail premier sera donc de découvrir Dieu et sa volonté de sagesse, dans les traces que Dieu lui-même a laissées dans sa création, et particulièrement dans l’Écriture sainte. La démarche du maître de la Kabbale sera donc de décrypter tous les signes qui lui sont offerts. La langue hébraïque sera, elle-même, comprise comme l'expression et le reflet de la nature spirituelle de l'univers : les vingt-deux lettres qui la composent sont des éléments de la création, et la connaissance des lois qui président à l'agencement de l'écriture hébraïque permettra une meilleure connaissance de la création, et partant une meilleure connaissance de Dieu.
Cette langue est une langue chiffrée, secrète - la langue comprise par les anges - elle contient la clef que le Kabbaliste doit utiliser pour pénétrer la nature même de Dieu. Aussi, pour décrire le monde purement spirituel, la Kabbale invente-t-elle un langage nouveau, qui exprime les secrets de l'univers : ce langage a sa grammaire, laquelle s'exprime par la combinaison des lettres qui composent chaque mot, par l'évaluation numérique de chaque mot par l'addition des lettres qui le composent et par la permutation des lettres à l'intérieur d'un même mot. Toute cette gymnastique intellectuelle permet de découvrir les secrets de l'univers, à travers les secrets mêmes de la langue hébraïque et de son expression écrite. Ainsi, les nombreuses possibilités de la raison humaine découvrent un nouveau champ d'exercice, visant à posséder pleinement les termes mêmes dans lesquels Dieu a choisi de se révéler.
Le succès de la Kabbale fut immense : après le Talmud, c'est la forme de pensée qui a le plus fortement influencé le judaïsme, par le fait même que ce mouvement reconnaissait et accroissait même une idée Fondamentale de la pensée juive : l'homme est le partenaire de Dieu qui se donne à connaître à lui, et, découvrant les secrets de l'univers, l'homme peut lui-même exercer une influence sur le déroulement de l'histoire du monde. L'homme, et particulièrement celui qui appartient au peuple d'Israël, participe à la volonté de salut de Dieu. Pour agir efficacement dans le monde, malgré les nombreux obstacles qui peuvent se lever, le peuple juif doit revenir à l'étude des lois et commandements donnés par Dieu.
Le treizième et le quatorzième siècles furent particulièrement propices au développement de ce mouvement : pendant ce temps, de nombreuses élaborations doctrinales voient le jour, notamment en Espagne. Puis, le ralentissement de ce type d'activité se fit sentir dans le courant du quinzième siècle, pour s'éteindre pratiquement avec l'expulsion des juifs d'Espagne en 1492, lors de la reconquête par les chrétiens des territoires soumis à la domination musulmane.
Cette catastrophe fut comparée, par certains auteurs de l'époque, à la troisième destruction du Temple : les kabbalistes prirent les chemins de l'exil, en interprétant leur exil de manière symbolique, comme l'exil de la Shékinah, la présence réelle de Dieu. Et les souffrances du peuple d'Israël sont comprises comme le symbole même de la souffrance de Dieu. Toutefois, les exilés trouveront dans le Zohar une nouvelle source de force, qui leur évitera le désespoir. En effet, ils découvraient dans leur propre tragédie le reflet de la tragédie du monde dans laquelle Dieu lui-même était impliqué ; mais ce drame cosmique universel devait finalement aboutir au salut du monde. Les fidèles kabbalistes devaient dès lors se manifester comme les partenaires de Dieu pour leur propre salut et pour la rédemption définitive du monde entier.
Cet exil des Juifs d'Espagne leur permit d'exporter la connaissance du Zohar dans les différents pays qui les accueillirent : Palestine, Turquie, Égypte, Allemagne, Italie, Angleterre et Pays Bas. Ce fut particulièrement en Palestine que le développement de la Kabbale se fit le plus intense.





A partir de 1530, le centre du renouveau du kabbalisme fut Safed, une petite ville de Galilée, qui ne pouvait qu'attirer les mystiques juifs en raison de la proximité de la tombe de celui qui était considéré comme le saint fondateur du mysticisme, le Rabbi Syméon ben Yochaï. C'est la raison pour laquelle tous les mystiques juifs se donnèrent rendez-vous dans cette ville dont ils firent un centre spirituel et un lieu de pratique religieuse immense en vue de hâter la venue du Messie : les exilés d'Espagne, en effet, visaient particulièrement l'avènement de l'ère messianique, dont ils témoignaient par le caractère tragique de leur existence. L'école de Safed rassemblait ainsi les savants talmudistes et les chercheurs kabbalistes dans un même souci : la méditation du salut et l'avènement du Messie, par une meilleure connaissance de la nature même de Dieu.
Le plus grand des réformateurs du courant mystique juif fut Moïse Cordovero : son livre, Le Jardin (ou le Paradis) des Grenades, témoigne de caractère encyclopédique de sa culture, qui alliait le mysticisme à la pénétration de l'esprit philosophique. Tout en se référant au Zohar, cette somme de l'enseignement de l'école de Safed marque un tournant par rapport à la kabbale d'Espagne. Il affirme que l'Infini divin est présent dans chacune des parcelles de l'immense univers, qui n'est qu'une manifestation de l'infinitude de Dieu, qui n'est qu'un mode de la présence divine. Aussi n'hésite-t-il pas à affirmer que rien n'existe en dehors de Dieu. Un siècle plus tard, Spinoza aurait avoué s'être inspiré de Cordovero pour établir son système de pensée philosophique fondé sur le panthéisme, alors que le grand réformateur de Safed se refusait à toute forme de panthéisme, pour demeurer dans le plus pur esprit monothéiste juif.
Si Moïse Cordovero fut le plus éminent des mystiques spéculatifs de Safed, le personnage qui domina les développements de cette école fut son disciple, Isaac Luria. Sa doctrine se distingue par son esprit de visionnaire et par sa recherche d'une application pratique. Son enseignement est totalement oral, et il ne fut conservé que grâce à ses disciples qui retracèrent, d'une manière élaborée les doctrines de leur maître. Son système repose sur l'affirmation qui fait du " zimzum ", de la contraction ou de la rétraction : selon lui, la création a été précédée d'une contraction volontaire de Dieu, de l'Esprit infini. Dieu se serait en quelque sorte contraint de faire lui-même une place pour le monde en abandonnant une région de lui-même. Luria trouvait ainsi une explication à l’affirmation de Cordovero : Dieu est tout être, sans que, pour autant tout être soit Dieu. Le monde renferme ainsi une parcelle du divin, qui s'est contracté en lui-même pour faire place à l'univers, et de la sorte, l'homme peut conserver un rapport personnel avec le Dieu qui se manifeste dans l'ensemble de la création et qui s'est révélé aux Anciens. Mais l'harmonie, qui existait lors de la création du monde, a été rompue par le péché d'Adam, qui portait en lui la totalité des âmes destinées à former l'humanité. Lorsque le premier homme succomba à la tentation, toutes les âmes furent aussitôt maculées, et elles connurent alors la confusion, qui conduit au mal. Pourtant, celui-ci n'est pas destiné à durer éternellement : la venue du Messie dans le monde rétablira toutes choses dans l'harmonie originelle. Luria, pour hâter la venue du Messie, recommandait la pratique de l'ascétisme et des mortifications qui devaient permettre à l'homme de grandir dans son effort spirituel. Celui qui s'attache à l'accomplissement des commandements prescrits par la Torah, celui qui s'attache à la prière peut accélérer le processus du salut pour l'ensemble de l'humanité, la rédemption d'Israël devant entraîner la rédemption complète de l'humanité et de toutes choses.
La foi dans la possibilité de la rédemption universelle remplissait les mystiques de Safed d'un sentiment de joie, malgré les pratiques ascétiques qu'ils pouvaient s'imposer : leurs efforts incessants n'étaient pas vains, ils contribuaient au salut du monde. Et la joie était une des principales caractéristiques de leur vie spirituelle. C'est à l'école de Safed que les juifs doivent encore aujourd'hui la plupart de leurs chants d'action de grâces et des pratiques qui enrichirent la vie intérieure de tous les fidèles. De Safed, la doctrine de la Kabbale se répandit à d'autres cités juives de Palestine, et aussi aux grands centres de la Diaspora, sans devenir cependant une méthode mystique pour tous les fidèles, car elle était encore réservée aux seuls lettrés : la Kabbale n'était pas encore l'aliment spirituel de la foule ignorante. Il fallut attendre le hassidisme, au dix-huitième siècle pour que la Kabbale devienne la doctrine spirituelle du plus grand nombre.





Le dernier courant issu de l'école de Safed, et de la doctrine de Luria particulièrement, fleurit en Pologne et en Ukraine, au milieu du dix-huitième siècle. Le hassidisme ne fut pas un mouvement révolutionnaire, mais il insuffla une vigueur nouvelle à la vie religieuse juive, surtout dans les couches les plus populaires. Les persécutions des Cosaques, sous Chmielnitzky, qui fit périr plus de 250000 juifs, avaient entraîné la misère pour les juifs de Pologne. Cette douleur ressentie par tous les fidèles de Pologne avait entraîné une renaissance des aspirations messianiques, mais la ruine de ces espérances devait aggraver l'effondrement de la vie spirituelle du peuple : plus rien n'était offert aux gens simples et ignorants qui constituaient l'immense majorité des juifs, alors que les lettrés pouvaient, malgré tout se reposer sur l'étude de la Torah pour se soutenir dans leur découragement et leur désespérance. C'est d'abord aux gens simples et ignorants que voulut s'adresser celui qui allait devenir le fondateur du hassidisme, Israël ben Éliezer Baal Shemtob (maître du nom), surnommé le " Besht ", nom formé par les initiales des termes hébreux " Baal Shem Tob ". D'origine modeste, proche du peuple, il n'avait pas une grande érudition ; mais dès l'âge de douze ans, il s'engagea comme assistant chez l'instituteur d'une école d'enfants. Il fréquenta très rapidement les cercles de la Kabbale, et en 1740, alors qu'il n'a que quarante ans, il commence à recruter des disciples, il rassemble ses fidèles, attirés par sa ferveur et la profondeur de sa prière et de sa vie spirituelle. Certains rabbis se rallient également à celui qui n'était pas un des leurs, qui n'était pas un grand lettré : la légende lui attribue des miracles et des dons de guérisseur. Le courant auquel le Besht donna naissance s'appuie de préférence sur la foi pure, et non pas sur la spéculation intellectuelle, comme le Talmud ou comme le Zohar. C'est un mouvement piétiste, en hébreu " hassid " veut dire " pieux ". Mais ce mouvement ne part pas de rien, il tire son origine de la Kabbale, et surtout de l'école de Safed. A la suite de Luria, le Besht affirme qu'il faut servir Dieu dans la joie, persuadé que la gloire de Dieu envahit tout l'univers et qu'elle est susceptible de réjouir le coeur de l'homme. A l'origine, il existait une harmonie parfaite entre le Créateur et l'ensemble de sa création, mais cette harmonie a été rompue par la faute de l'homme ; le rôle du hassid est de travailler à la restauration de cette unité perdue par la prière et par l'étude de la Torah : chaque moment de la vie humaine est le temps de la rédemption pour l'ensemble de l'univers et de l'humanité. Chaque homme est capable d'effectuer la réalisation de l'harmonie, chaque homme est susceptible d'apporter sa contribution à la restauration de l'unité, à la rédemption universelle : il n'est pas nécessaire d'être un puissant intellectuel, il suffit simplement d'entrer en communion avec Dieu, en s'attachant à lui avec un coeur pur, particulièrement dans la prière récitée avec joie et ferveur. Cette ferveur peut conduire le fidèle à l'extase, c'est-à-dire à l'oubli de lui-même et de tout ce qui l'entoure pour entrer en parfaite communion avec Dieu. Cette prière, qui soustrait l'homme à toute préoccupation temporelle, le conduit dans un rapport immédiat avec Dieu. Pour atteindre l'extase, expression la plus parfaite de la prière, le hassidisme n'hésite pas à recourir à des stimulants artificiels - mouvements violents, chants bruyants, danses - ce qui ne pouvait pas déplaire aux foules ignorantes, qui redécouvrent alors le moyen de revivre leur foi dans la joie et l'allégresse, malgré les détresses sociales et le désespoir qui étaient alors le lot quotidien des Juifs. Le hassidisme devenait un nouveau prophétisme de la consolation d'Israël. Le peuple reprenait confiance dans la proximité de Dieu, dans son activité rédemptrice.
Celui qui acceptait de suivre les enseignements du hassidisme réalisait, dans son existence concrète, l'idéal du Zaddik, du juste, du parfait par excellence. Celui-ci, grâce à son degré de perfection et à l'élévation de son âme, est susceptible de devenir un guide spirituel pour les autres hommes dans leur recherche de la communion divine : il devient, en quelque sorte, un intermédiaire privilégié entre Dieu et l'humanité.
Chaque zaddik se spécialisait dans une activité particulière qui répondait davantage à sa qualité : certains manifestaient une très grande piété, d'autres témoignaient de leurs pouvoirs par des visions ou par les prodiges qu'ils opéraient... Mais tous se retrouvaient dans une même confiance inébranlable en Dieu et par le souci qu'ils portaient à chaque homme, à commencer par les plus pauvres et par les plus démunis. Avec une très grande humilité, ils élevaient leurs frères dans une commune recherche de la Présence divine.
Malgré l'anathème lancé contre les membres du mouvement, lors de ses débuts, les hassidim inspirèrent le plus profond respect, même à ceux qui étaient leurs premiers adversaires. Car les hassidim ne se séparèrent jamais de l'ensemble de la communauté juive, voulant communiquer aux simples leurs expériences mystiques, afin que chacun puisse communier à la vie même de Dieu. Le hassidisme est le dernier en date des mouvements spiritualistes à l'intérieur du judaïsme. Mais il sombrera rapidement dans la décadence, surtout sous l'influence d'une conception du zaddikisme perçu non plus comme une qualité charismatique, mais plutôt comme une charge héréditaire.
Vers le milieu du dix-neuvième siècle, le hassidisme apparaîtra comme le refuge de l'obscurantisme, de l'intégrisme en face des juifs qui revendiquaient plus ou moins directement l'assimilation culturelle aux peuples parmi lesquels ils vivaient. Les traditionalistes du judaïsme comprenaient que l'assimilation devait signifier, à plus ou moins longue échéance, l'abandon pur et simple de la tradition des pères, et ils opposaient donc une forte résistance à tout mouvement d'intégration du judaïsme aux cultures occidentales.





Le début de l'émancipation des juifs commença durant la révolution française, en 1791, quand l'Assemblée Nationale accorda aux Juifs le plein droit des citoyens du peuple français, adoptant ainsi le grand principe de la liberté religieuse dans un État de type laïc. Très rapidement, à travers l'Europe, puis jusqu'en Amérique, les juifs purent acquérir les mêmes droits que les autres citoyens. Obtenant les mêmes droits que tous les adeptes des autres religions, ils prirent une grande part à la vie économique des pays où ils étaient reconnus comme des citoyens à part entière. Mais, pour beaucoup de juifs, cette émancipation amena non pas un retour à l'antique tradition des pères, mais une assimilation pure et simple à la religion majoritaire, ne reconnaissant dans le judaïsme qu'une croyance purement abstraite, fondée sur la législation révélée à Moïse. Ainsi, le concept de " juif " finit par disparaître des différents vocabulaires nationaux : il n'y avait plus que des citoyens " de confession mosaïque " comme d'autres adoptaient des confessions chrétiennes. Toutefois, le désir d'une assimilation des juifs aux cultures ambiantes n'était pas toujours reconnu par les populations qui gardaient une certaine méfiance à l'égard des adeptes de la confession mosaïque. L'affaire Dreyfus en France (1894) montra avec une très grande évidence que ce désir d'assimilation n'avait pas été reconnu par l'ensemble de la population française. Ce réveil de l'antisémitisme dans un pays considéré comme un des plus civilisés de l'époque amena Théodore Herzl à penser l'organisation d'un mouvement nationaliste juif : pour lui, la seule solution possible au problème juif était la formation d'un État juif. Ayant reconnu le droit et la nécessité pour les juifs de prendre en mains leur propre destinée, il lui fallait concrétiser ce droit par l'instauration d'un État juif souverain, installé sur la terre ancestrale. Ce mouvement, né en 1896, mais inscrit dans la mentalité religieuse du peuple d'Israël depuis la chute de Jérusalem en 70, porte le nom de sionisme. Sion était originellement le nom du rocher sur lequel le roi David avait fait édifier sa forteresse, qui devait défendre la capitale contre les assauts de ses ennemis ; ultérieurement, Sion désigna également toute la ville de Jérusalem, puis la notion même de peuple d'Israël. Le sionisme est de toutes les époques : c'est le désir de tout juif religieux de voir le rassemblement de sa nation sur le sol dont elle a été chassée.
Bien que réprouvé par les chefs religieux traditionnels, le mouvement sioniste, déclaré par eux comme une réalité impie, puisqu'il voulait forcer la main à Dieu, dans le retour sur la terre des patriarches, selon des perspectives messianiques, plus ou moins implicites, dans la pensée de Théodore Herzl. Conformément à ses idées, il rassemble un premier congrès sioniste en 1897 à Bâle où il affirme que le sionisme est un mouvement politique international dont le but ultime est de fonder en Palestine un foyer reconnu publiquement et garanti juridiquement pour tous les membres du peuple juif.
Parmi les plus grands partisans du sionisme, il convient de citer Martin Buber (1878-1965) : celui-ci découvre dans ce mouvement une réalité mystique et religieuse, qui trouve ses racines dans le hassidisme. Pour lui, la vocation du peuple d'Israël est de construire le royaume de Dieu, selon la justice et le droit ; et cette vocation peut et doit trouver sa réalisation dans la nation juive enfin rétablie dans ses droits politiques. L'idéal national est une conception socio-religieuse qui implique la participation de tous les hommes à la construction politique de l'État juif, mais qui implique aussi et surtout la participation de l'homme à un dialogue interpersonnel entre lui et Dieu. Ainsi, le sionisme doit être considéré comme ayant pour but ultime l'instauration d'une société où se réalise effectivement le rapport de l'humanité tout entière avec le Créateur du monde. Pourtant, comme Buber ne formule pas un programme précis indiquant la manière qui pourrait permettre à ses idées de se réaliser pratiquement, il n'exerça qu'une faible influence sur le nouveau judaïsme.
Le monde juif d'Europe connut la dure tourmente des années de la seconde guerre mondiale : l'holocauste nazi, exterminant six millions de juifs, achève la prise de conscience internationale de régler le problème juif. Traumatisée, la conscience juive aurait pu se tourner une nouvelle fois vers le mysticisme, réveillant à nouveau les tendances spiritualistes d'Israël. Mais, il n'y eut pas de réveil mystique : le renouveau fut politique. Les Britanniques, qui assumaient un mandat sur le territoire de la Palestine, connurent la résistance de la communauté juive de Palestine, quand ils voulurent limiter l'immigration sur la terre d'Israël des rescapés du génocide. Cette immigration dut se faire clandestinement, puis se transforma en guerre ouverte contre les Britanniques qui durent quitter la Palestine le 14 Mai 1948. Le lendemain, l'État juif proclamait son existence et son indépendance à la face du monde. Et, depuis lors, l'État d'Israël est devenu la référence de la plupart des juifs répandus à travers le monde. Il lui reste maintenant à devenir un nouveau centre de piété et de spiritualité, susceptible de répondre au désir des jeunes juif en quête de leur identité, susceptible également de répondre à l'aspiration Fondamentale de tout juif religieux de transmettre à l'ensemble de l'humanité la connaissance de Dieu et la révélation qu'il a faite de lui-même aux Pères.
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