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AVERTISSEMENT

Amis lecteurs
Je ne fais ce Blog que pour vous faire decouvrir les tresors du Judaisme
Aussi malgre le soin que j'apporte pour mettre le nom de l'auteur et la reference des illustrations sur tous ces textes , il se pourrait que ce soit insuffisant
Je prie donc les auteurs de me le faire savoir et le cas echeant j'enleverais immediatement tous leurs textes
Mon but etant de les faire connaitre uniquement pour la gloire de leurs Auteurs

Rachel et Léa




                               Jacob, Rachel et Lea - nahanfineart




            Rachel et Léa dans les sources juives

basé sur la Thèse de Yaël GRONNER à l’E.H.E.S.S, direction de Charles Mopsick


Nous évoquons la mémoire de Charles Mopsick, décédé prématurément il y a 3 ans et dont l'immense travail, sur la mystique juive notamment, laissera une trace permanente. Les extraits du travail brillamment réalisé par Yaël Gronner sous sa direction active en sont un exemple parmi de bien nombreux autres. 


Ce passage analyse les représentations de Rachel et Léa dans la Bible, le Talmud,  le Midrach et le Zohar. Etudier comment sont représentées Rachel et Léa dans les sources juives nous apprend de quelle manière les femmes étaient perçues à l’époque de la rédaction de ces textes et qu’elles étaient leurs exigences. Depuis, elles sont constamment ‘présentes’ dans les commentaires rabbiniques et dans la société juive dont elles constituent 

une référence indispensable.

Rachel et Léa dans la Bible


       Dans Jérémie, Rachel « pleurant pour ses enfants » est considérée comme une mère paradigmatique alors que la Genèse évoque Léa et Rachel comme des mères fondatrices, des êtres humains, avec leurs défauts et qualités, sans y attacher un sens exemplaire. Néanmoins, elles y agissent sur le déroulement de l’histoire en ses moments clé mais Jacob paraît l'acteur prépondérant alors qu’elles restent à l’arrière plan.


Rachel et Léa dans le Talmud


       Elles y sont souvent mentionnées et un petit nombre de passages les présentent actives, révoltées, prenant des initiatives et changeant le cours des événements : la prière de Rachel ou de Léa pour le changement du sexe de l’enfant, le marchandage des mandragores, l’invitation de Jacob dans la tente de Léa, le vol des statuettes par Rachel, Rachel qui pleure ses enfants, le peuple d’Israël et qui dialogue avec D.ieu.


       Le Talmud les évoque également avec les thèmes suivants :
- La mort et l’enterrement de Rachel et Léa. Par exemple, dans le cadre de la grotte de Makhpelah, de l’enterrement de Jacob, ou de la souffrance associée à la mort d'un époux,
- La stérilité de Rachel, personnage type d’une femme stérile qui a pu devenir féconde grâce à l’intervention de D., la fécondation de Rachel illustrant l'espoir des autres femmes stériles de la Bible à Roch-Hachana.
- La comparaison de Rachel et Léa avec Yaël qui a éxécuté Sisera pour sauver ses frères, acquiert aux yeux du Talmud un statut aussi important que celui des 2 matriarches.
- L'échange de signes entre elles. Pour le Talmud, Léa prend un mari qui ne lui était pas destiné alors que Rachel prépare un plan de défense mais cède par pudeur. Elles n'y dépassent cependant pas le rôle d'exemple illustratifs, sans statut d'intermédiation divine.


Rachel et Léa dans le Midrach


       Le nombre de citations de Rachel et Léa est plus élevé dans le Midrach (100) que dans le Talmud (15). Rachel y dépasse une seule fois son personnage purement humain, devenant  une mère emblématique du peuple. Elle aura un rôle à accomplir lors de son départ en exil. Léa y reste cantonnée à la Genèse, tandis que Rachel en sort. Le Midrach, tout comme la Bible, ne mentionne pas de la mort de Léa.
       Comme dans le Talmud, Rachel el Léa y restent 'sans visage', ne dépassant pas leur représentation biblique : sur 100 passages, 10 seulement, les décrivent actives et 6 comme ayant réellement changé le cours des événements.
       Cependant, elles y sont mentionnées surtout pour elles-mêmes et non en tant qu’exemple illustratif comme dans le Talmud. 


Rachel et Léa dans le Zohar


Le Zohar (fin du 13è), représente Rachel et Léa d’une manière nouvelle, plus comme des figures emblématiques d’une extrême importance que comme des personnages. Il les identifie à 2 Sefirot : Rachel à Malkhout (la Royauté, plus proche du monde d'en bas) et Léa à Binah (l’Intelligence, moins terrestre et plus cachée que Malkhout).
      - Le Zohar présente ainsi Rachel comme destinée à attirer Jacob pour qu’il puisse créer de nombreuses tribus avec... Léa !  D. ne voulait en effet pas marier ouvertement Léa, car elle est 'Binah', le monde caché et qui ne se dévoile pas. Le caractère caché de Léa, perçu comme un défaut dans les autres textes, est transmuté par le Zohar en une qualité à part entière : le fait de ne pas être facilement accessible. Dans le Zohar, Léa est Binah donc cachée et en conséquence peu apte à attirer Jacob, qui ne pouvant la voir la haïrait (comme l’expression « je ne peux pas te voir » signifie je te déteste en français).
       - A l’opposé, Rachel est le monde apparent qui brille, donc le moyen pour atteindre l’objectif principal qui est Léa ; Jacob est attiré vers elle et a presque l’air d’être manipulé. Vision entièrement à l’opposé de la vision midrachique où Rachel est la finalité.
       - Les actes de Léa étaient discrets, les choses du monde d’en-haut se font à la dérobée tandis que celles du monde d’en-bas se font ouvertement, on ne mentionne pas la mort de Léa comme celle de Rachel. Pour cette raison Léa est cachée dans la grotte de Makpéla et Rachel est dans l'ouvert du chemin, l'une dans le retrait, l'autre dans l'exposé. Léa et non Rachel est enterrée dans la grotte, car Léa a enfanté 6 tribus (bien plus que Rachel) et a pleuré à la croisée des chemins pour se marier avec Jacob. Rachel qui ne le fit pas, eut sa tombe en un carrefour.


Evolution des perceptions de Rachel et Léa


       Dans le Talmud et le Midrach, la jalousie de Rachel envers Léa qui usurpe sa place est surtout perçue comme sa jalousie vis-à-vis de la fécondité de sa sœur, alors qu’elle même est stérile, quand, dans le Zohar, cette jalousie devient un sentiment moteur qui aide ceux qui sont en bas à s'élever. Dans le Midrach et le Talmud, la haine de Jacob envers Léa résulte du fait qu’elle a menti à Jacob.
       Dans le Zohar et la Bible. Dans 14 passages du Zohar, Rachel pleure sur les enfants d'Israël, ce qu’elle ne fait jamais dans la Genèse.
- Rachel y est souvent seule à plaider devant D.ieu pour son peuple, forte du mérite de sa grande tolérance qui l’a amenée à laisser sa sœur à son mari.
- Ayant ainsi pleuré sans vouloir être consolée elle attire la présence divine (Chekhina) vers l’avenir d’Israël : «Comme, Rachel, ainsi fait la Chekhinah : on entend une voix dans la hauteur des cieux, la Chekhinah pleure ses enfants».
- Le fait qu’elle converse avec la divinité l’élève, car elle a réussi là où les patriarches ont failli : tenir tête à Dieu et le convaincre ; à l’inverse des patriarches qui déployaient des arguments logiques, elle a réussi grâce à l’usage de son langage émotionnel.
       Rachel est ainsi « la Mère du peuple d’Israël » sur laquelle il peut compter pendant son exil et grâce qui il bénéficiera de la rédemption. 


Rachel, à la croisée des chemins juifs!


       Les passages relatifs aux changements du cours des événements par nos deux héroïnes ont incité le Zohar à en faire des figures actives et essentielles. Le pélérinage à la tombe de Rachel qui se trouve à Beit Léhem est dès lors assez important pour que les murs peints des grandes synagogues de Sfat osent associer le Kotel avec cette tombe.
       Selon Charles Mopsick, au sujet de Rachel : «la figure du Père ne suffisant plus à remplir l’espace du croire dans le Judaïsme ibérique, la figure de la Mère remise en scène transforma le discours religieux. Sans pour autant que l’on puisse parler d’une ‘divinisation’ de Rachel, celle-ci conservant sa réalité humaine et historique pour le Zohar».
       Cependant, une dimension supplémentaire lui a bien été ajoutée en faisant en quelque sorte, une figure féminine et une intermédiation avec le divin.

 yerouchalmi



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